

Gratuité de l’enseignement primaire et secondaire en RDC
Des milliers de nouveaux élèves attendus en 2007-2008, sans nouvelles
infrastructures scolaires
Par Angelo Mobateli
Un député national du Bandundu s’est inquiété mercredi dernier à l’Assemble
nationale de l’incapacité dans laquelle pourrait se trouver, dès la rentrée
scolaire 2007-2008, le gouvernement Gizenga de financer la construction de
nouvelles infrastructures devant accueillir des centaines de milliers de
nouveaux élèves. L’enseignement primaire et secondaire étant désormais
gratuit en République démocratique du Congo.
« Nous allons assister à une forte affluence d’enfants demandant à se faire
inscrire à l’école pour bénéficier de la gratuité de l’enseignement. Mais, le
gouvernement a-t-il conscience de l’insuffisances d’infrastructures de l’
éducation et d’énormes frais qu’il est appelé à engager pour leur
fonctionnement et pour la paie de tous les enseignants qu’il devra engager
pour s’adapter à la situation ? », s’est-il interrogé.
Selon des études récentes, l’état actuel des infrastructures scolaires ne permet
pas d’accueillir plus de 20 millions d’enfants dans le primaire et le secondaire. Il
faudra donc en construire de nouvelles.
En 1993, on dénombrait en RDC 13.000 écoles primaires comptant 115.000
élèves et 4.500 établissements du secondaire avec 32.000 classes, dont
certaines enregistrent aujourd’hui, dans divers territoires du pays, plus de cent
(100) élèves !
Il est établi aujourd’hui que l’Etat congolais a construit très peu d’écoles au
cours des dix dernières années, laissant cet effort aux privés et aux
confessions religieuses, sans tenir compte de la très rapide évolution
démographique de la population dont le taux de croissance varie dans la
fourchette de 3 à 3,2 % par année.
Entre-temps, « la réhabilitation des infrastructures d’éducation nécessite
chaque année, pendant cinq ans, une enveloppe de 300 millions de dollars »,
relève la même source.
Au budget de fonctionnement du ministère de l’Enseignement primaire,
secondaire et professionnel (EPSP), le projet du gouvernement prévoit une
enveloppe d’environ 12,3 milliards de francs congolais (1 USD = 560 Fc, ndlr)
pour l’exercice 2007.
DES CHIFFRES EFFARANTS
Un rapport de l’Unicef (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) du mois d’août
2004 renseigne que près de la moitié des enfants, âgés de 6 à 11 ans, « ne sont
pas scolarisés » en RDC, alors que sa population (60 millions d’habitants) est
constituée en majeure partie de jeunes.
En outre, « sur 100 élèves inscrits en première année d’études primaires, 8 à
peine arrivent au terme de la 6ème année secondaire », signalent d’autres
sources. Celles-ci ajoutent que, sur près de huit (8) millions d’élèves qui vont à l’
école, trois (3) millions d’entre eux sont dans les quatre (4) premières années
du primaire.
Et la déperdition scolaire est à ce point effarante que, « sur cet effectif, 600.000
abandonnent dès leur première année d’études primaires et sont sans aucune
connaissance véritable. Au terme de la 4ème année d’études primaires, près de
1,5 million d’élèves abandonnent définitivement l’école », insistent-elles. Cet
abandon est lié à un certain nombre de facteurs, dont l’incapacité de la plupart
des parents à assurer l’éducation de leurs enfants, faute de ressources
suffisantes.
Déjà l’enseignant, qui est lui-même aussi parent, n’est pas en mesure de
financer les études de sa progéniture avec un salaire mensuel équivalent à 10
Usd dans le primaire et 15 Usd au secondaire. Le panier de la ménagère
exigeant chaque jour un minimum de deux (2) dollars !
L’ETAT DOIT SE RESSAISIR
Le gouvernement du Premier ministre Antoine Gizenga a pris l’engagement de
mettre à exécution, dès la rentrée scolaire 2007-2008, les dispositions prévues
dans la Constitution en matière d’éducation.
L’article 43 dispose, en effet, que « toute personne a droit à l’éducation. Il y est
pourvu par l’enseignement national (…). L’enseignement primaire et secondaire
est gratuit dans les établissements publics ». En sus de cela, « l’éradication de l’
analphabétisme est un devoir national pour la réalisation duquel le
gouvernement doit élaborer un programme spécifique », stipule l’article 44.
Or, seuls 20% d’élèves fréquentent les écoles publiques contre 80% dans l’
enseignement conventionné, où les enseignants du primaire et du secondaire
ont longtemps dépendu des parents de leurs élèves pour les salaires, selon la
Coordination des écoles conventionnées confessionnelles (catholiques,
protestantes et kimbanguistes).
« L’Etat congolais a la charge de rétribuer les enseignants et non les parents,
même s’il faut reconnaître que ces derniers participent, de façon ponctuelle, à l’
éducation des enfants » par l’entremise de la fameuse prime des parents, a
rappelé récemment le président de la CENCO, Mgr Laurent Monsengwo.
Le budget de l’exercice 2005 prévoyait les frais de fonctionnement des écoles
et la paie des enseignants, rappelle une source gouvernementale.
Dans le même registre, des responsables des écoles du secteur privé de l’
enseignement ont appelé cette semaine le gouvernement à prendre en compte
leur situation, en l’invitant à la prise en charge notamment de la paie des
enseignants. « Ils participent entièrement à l’éducation des enfants », arguent-
ils en substance.
Mais, le gouvernement Gizenga disposera-t-il à temps des énormes moyens
financiers que nécessitent aussi bien la réhabilitation des écoles existantes que
la construction et l’équipement de nouvelles infrastructures ?
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